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La boucle des îles italiennes

21 juil.
5 min de lecture

On continue notre petite boucle méditerranéenne ! On quitte la Sardaigne pour rejoindre la Sicile : 48 heures de navigation entre Porto Corallo et Favignana, dans les îles Égades, à l'ouest de la Sicile.


Sicile et premières stations biologiques

Une forte houle de face rend les premières 24 heures plutôt sportives et desagréables. Malgré tout, on sort quand même l'Hypernets pour réaliser les premières stations au milieu de la traversée ! On remarque rapidement un problème : le compas de l'instrument dérive entre chaque mesure. On passe finalement l'instrument en mode manuel. À partir de là, il faut lancer les séquences de mesures à la main toutes les cinq minutes et réaligner l'instrument vers le nord à chaque changement de cap...



Au bout de 24 heures, les conditions deviennent beaucoup plus agréables. On avance sous génois seul, au vent arrière. Vers 6 h du matin, on arrive au niveau de la première petite île des iles Égades, Marettimo. Plus de vent... on décide donc de finir les deux dernières heures au moteur. Et à une demi-heure de l'arrivée... plus rien ! On redémarre le moteur. Deux minutes plus tard, le moteur baisse en régime et rebelotte. Cette fois-ci, ce n'est pas le relais : le carburant n'arrive plus au moteur. Après notre entraînement intensif à Ajaccio pour réamorcer un circuit de gasoil, on branche en cinq minutes le moteur sur notre jerrican de secours de 20 L. Le moteur repart !


Finalement, on rejoint Favignana et son petit port de pêche, à une dizaine de milles. Arrivés vers 11 h, le moteur a tenu sur son petit jerrican. Pas le temps de souffler : on veut comprendre.

On vide entièrement le coffre arrière, on démonte la cuve à eaux noires, le plancher... jusqu'à enfin accéder au réservoir. La seule ouverture disponible est une toute petite trappe de 6 cm de diamètre, celle de la sonde du niveau de carburant.


Et là... l'horreur ! Une boue épaisse filamenteuse recouvre tout le fond du réservoir. Des bactéries... La houle des premières 24 heures a remué toutes les saletés accumulées au fond. Quinze jours après nos premières galères moteur, c'est reparti pour mettre les mains dans le cambouis. À l'aide d'une petite pompe à main et de minuscules morceaux de Sopalin accrochés au bout d'une tige métallique, on enlève les bactéries gramme par gramme. Cinq heures plus tard, le réservoir est enfin propre, vidé, et plus aucune bactérie n'est visible. On remonte tout, on range... et on file enfin dormir.



Le lendemain, on découvre Favignana. Une petite île magique, entre ses ruelles, ses grandes plages, ses anciennes carrières de tuf et surtout son histoire autour de la pêche traditionnelle au thon, la Mattanza. En quelques heures, on oublie presque celles passées la tête dans le moteur !



Mais il est déjà temps de repartir... et surtout de remplir ce réservoir tout propre. Enfin, c'était le plan. Une heure avant notre arrivée à la pompe, celle de Favignana tombe en panne... On remonte donc notre système D sur le jerrican de secours, dans lequel il ne reste plus beaucoup de gasoil. Direction Trapani, à une dizaine de milles de là. Toute la traversée se fait à la voile, en gardant précieusement les derniers litres de carburant pour entrer dans le port.


Après un plein réussi et une escale éclair à Trapani, où tout semble aller à cent à l'heure entre les voitures, les passants et les marchands, on reprend la mer en direction de Levanzo, la dernière île des Égades. Levanzo, c'est la petite île méditerranéenne comme on l'imagine : quelques maisons, une eau turquoise, un mouillage magnifique et une ambiance paisible. On poursuit ensuite notre route le long de la côte nord de la Sicile, en alternant navigations, mouillages et prélèvements.



Les conditions sont idéales pour les prélèvements et on réalise des mesures Hypernets presque tous les jours. On commence aussi nos premières stations biologiques : un filet à plancton pour les prélèvements du protocole PlanktoSpace, des échantillons destinés aux analyses génomiques, mais aussi de l'imagerie quantitative sur le plancton collecté. Concrètement, on prélève l'ADN de différentes classes de taille du plancton et on image les plus gros organismes capturés dans le filet. Grande étape pour notre projet : ce sont nos premières stations (presque!) complètes. Pour combinés tous les prélèvements en même temps, on mets entre 5-6h de travail, de quoi bien remplir nos journées de navigations !



Les îles éoliennes

Fin mai, on arrive enfin aux îles Éoliennes. On les attendait avec impatience… et effectivement, on avait de quoi ! Pendant une dizaine de jours, on navigue d'île en île… ou plutôt de volcan en volcan. Malgré leur beauté et leur attractivité touristique, les îles restent très sauvages et les petits villages ont gardé une vraie vie locale. On alterne les navigations, les mesures Hypernets (avec le protocole qu'on peaufine encore un peu) et les courses à pied autour des volcans.


En fin de journée, on quitte les Éoliennes en direction de la côte Amalfitaine. L'idée est de passer devant le Stromboli de nuit !! Sous voile, au près, on assiste aux éruptions de lave toutes les 10 à 15 minutes. Un spectacle incroyable, difficile à décrire !



Les 48 heures de traversée jusqu'à la côte se déroulent dans des conditions idéales. Très peu de vent, une mer calme et personne à l'horizon. De quoi enchaîner les mesures Hypernets et les stations biologiques tout en continuant à affiner nos protocoles.


Les îles napolitaines

À notre arrivée dans les îles napolitaines, changement complet d'ambiance ! Capri, Ischia et Procida débordent de vie et de couleurs. Les mouillages sont remplis de petits bateaux à moteur, ça bouge dans tous les sens : bienvenue dans l'ambiance napolitaine ! Au début, il faut s'habituer à être secoués en permanence par le passage des bateaux. Entre ce "bouillon" sur l'eau et Starlink qui cherchait désespérément ses satellites, notre antenne a fini à l'eau... Un plongeon improvisé à 7 h du matin pour aller la récupérer. Un réveil dont on se souviendra !


Entre les navigations d'île en île et les journées de travail sur nos ordinateurs, on prend aussi le temps de visiter Naples et même Pompéi, ça vaut vraiment le détour. Puis un joli coup de vent arrive enfin, parfaitement calé pour notre route (ce n'est pas si fréquent dans ce sens-là !). On met le cap sur les îles Pontines, au large de Rome.



Puis les îles pontines

Gros coup de cœur pour la première petite île pontine, Ventotene. On s'amarre le long du quai gratuit, recouvert de tags de toutes les couleurs. L'île est minuscule, pleine de charme et très vivante. On prend le temps de boire un café sur la place du village, au milieu des enfants qui jouent et des Italiens qui discutent en riant, chacun un peu plus fort que son voisin !


On y serait bien restés quelques jours de plus, mais une belle fenêtre météo s'ouvre enfin pour traverser vers la Sardaigne. Impossible de la laisser passer : avoir du vent dans ce sens-là, c'est rare ! On quitte donc les Pontines, avec la certitude qu'on reviendra y naviguer un jour. Retour en Sardaigne, sur nos traces, où l'on prend pour la première fois la route dans le bon sens, direction la sortie de la Méditerranée !




 
 
 

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